
La nuit est une page blanche
Galerie Pierre-Alain Challier,
4 novembre 2023 - 10 janvier 2024
Commissaire Jean-Marc Dimanche
Lors de notre performance, nous avons réalisé une série de photographies et de dessins qui sont autant de regards sur notre relation au lieu et à ses vibrations.
Les résonances du Glacier, série de dessins au graphite et fusain, a été réalisée à partir d’empreintes de la lagune. Chaque dessin est une continuation imaginaire de la fenêtre qui s’est imprimée par frottage sur les glaces.
Les photographies, imprimées en grand format sur des papiers dessin, portent l’émotion d’un lieu rendu onirique par la présence de la nuit. Elles sont un voyage où l’imagination navigue entre les deux infinis, le microscopique et l’horizon suspendu sous le cosmos.
De retour dans notre atelier, nous nous sommes inspirés de cette expérience poétique pour créer des sculptures en verre et en céramique. La série des Poèmes de neige illustre un processus de création où le verre et le cristal recyclés sont transformés par l’imaginaire, façonnés par une écriture. Ils s’inscrivent dans un monde qui recycle en visant à prélever moins de ressources.
Texte critique par Jean-Marc Dimanche,
commissaire de l’exposition
La nuit est une page blanche.
Que peut-il en être autrement ?
Que peut-il en être vraiment à l’heure où les grands vivants semblent devoir s’éteindre doucement ?
Pour G&K, le duo constitué par Stéphane Guiran et Katarzyna Kot, il est devenu urgent de se lancer à l’écoute sensible du monde, celui des glaciers et des océans, des rivières, des forêts, des plaines et des déserts… Une immensité de beauté qu’ils ont décidé d’éclairer ensemble et à leur manière, non pas pour pleurer le passé mais pour célébrer l’avenir en choisissant l’émerveillement, et par le rêve, éveiller nos consciences.
Première étape de leur longue quête, les voici partis un matin vers l’Islande, aller écouter fondre et craquer le glacier Vatnajökull, et avec lui illuminer la longue nuit qui habille là-bas le solstice d’hiver. Une échappée belle pour une œuvre qui naît in situ, véritable corps à corps, ou bien pourrait-on dire corps à cœur, qui passe par la performance et les empreintes capturées à même la lagune. Aucune intrusion. Aucune effraction. Seules, la source d’une nature pleine et généreuse, et la présence du cosmos qui s’offrent tous deux à l’acuité de l’œil et à la précision des gestes. L’instant est simplement cueilli, capturé par le graphite, la photographie ou la vidéo, le regard tendrement posé sur l’autre, être de terre et d’eau, d’air et de feu.
S’en suit le retour, l’exploration de la récolte que les deux artistes distillent pour faire œuvre, à deux ou à quatre mains mais toujours d’une unique pensée, dans le calme et dans le temps long de l’atelier. Les échantillons imprimés par frottage sur la glace deviennent l’amorce de plus larges dessins, greffes d’une nature prélevée et prête à ensemencer la surface des grands champs de papier. Les sculptures s’animent, se dressent, de céramique, de verre ou de cristal, floraison imaginaire de ces incroyables paysages que la mémoire semble vouloir à peine réinterpréter au creux de la matière. La pierre de lave surgit sous nos yeux, et plus loin l’étrange et profond bleu de la glace nous transporte sur un lac gelé. L’horizon suspendu semble partout déborder le cadre de l’exposition, laissant progressivement les ombres se préciser et la nuit astrale nous rattraper.
Restent les images et les mots, les photographies subtilement délivrées telles des invitations à rêver, les carnets de voyage et le film pour nous faire partager et revivre cette grande aventure au-dessus de la lagune. Reste un instant précieux et sensiblement préservé, suspendu au bord de ce vide sidéral que creuse chaque jour davantage l’humanité. Commence alors pour chacun et chacune l’expérience, la lente immersion ou descente intime au plus profond de soi, jusqu’à atteindre le cœur de l’astre terrestre. Il était une nuit si profonde et si longue qu’un homme et une femme eurent besoin de l’enluminer… Et de ce premier poème visuel écrit sur l’écorce de notre planète, s’élève pour la première fois des deux voix réunies de Stéphane Guiran et de Katarzyna Kot un véritable chant d’amour dédié à ce très grand vivant qu’est le monde.
Galerie Pierre-Alain Challier
8 Rue Debelleyme, 75003 Paris
Tel : 01 49 96 63 00